Wednesday 12 May 2021
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reliefweb - 22 days ago

ENTRETIEN : « Il ne faut pas oublier les réfugiés du Niger, il ne faut pas oublier le Sahel » (HCR)

Countries: Burkina Faso, Mali, Niger, Nigeria Source: UN News Service Environ 3,8 millions de personnes ont besoin d une assistance humanitaire au Niger en 2021. Ce pays d Afrique de l Ouest demeure confront une urgence humanitaire complexe. Pour Dominique Hyde, Directrice des relations ext rieures au HCR, l Agence des Nations Unies pour les r fugi s, il faut intervenir maintenant, avant que la situation ne devienne ing rable . Nous sommes presque au bord du pr cipice , selon elle. Dominique Hyde vient de rentrer d une mission au Niger, tout particuli rement dans la r gion de Ouallam o le HCR et ses partenaires fournissent une aide humanitaire aux r fugi s, aux personnes d plac es et aux personnes vuln rables au sein des communaut s h tes. Dans un entretien accord ONU info, elle raconte ce qu elle a vu et entendu sur le terrain. ONU Info : Vous venez de rentrer du Niger. C est un des pays le plus pauvres au monde, sujet l instabilit , l ins curit alimentaire et aux catastrophes naturelles. Il y a aussi la Covid-19 qui frappe le pays. Pouvez-vous nous d crire la situation sur le terrain ? Dominique Hyde : La situation au Niger et au Sahel est une des urgences les plus m connues au monde. Elle est moins m diatis e aussi. Je reviens d une mission au Niger o j ai pass une semaine. Ce n est pas seulement un des pays les plus pauvres au monde, c est le pays le plus pauvre au monde. Et c est aussi un pays o il y a sept fronti res avec un amalgame de d fis, que ce soit les r fugi s qui arrivent du Mali, du Nig ria, et du Burkina Faso, que ce soit les personnes d plac es de force, dans un contexte d ins curit grandissante. A cela s ajoutent certains des indicateurs les pires au monde en mati re d ducation, de sant et de tout ce qui a trait la r alisation des Objectifs de d veloppement durable. ONU Info : Le Niger accueille un grand nombre de r fugi s. Qui sont ces r fugi s que vous avez vus ? Dominique Hyde : J ai eu l opportunit d aller dans une r gion qui s appelle Ouallam et o depuis plusieurs ann es on a vu une entr e de r fugi s qui arrivent du Mali. Le Niger est un pays extraordinairement g n reux. Bien que ce soit un des pays les plus pauvres au monde, il a gard ses fronti res ouvertes, il a accueilli les r fugi s. Les r fugi s du Mali que j ai rencontr s ont acc s l ducation, aux soins de sant . Tout ce qui est protection sociale du pays est aussi octroy e aux r fugi s maliens. La plupart d entre-deux sont l depuis plusieurs ann es. C est un pays qui est aussi touch par le changement climatique et on travaille la cr ation de maisons cologiques pour ces r fugi s. On construit avec des briques, avec plein de produits locaux, des maisons pour les r fugi s, mais aussi pour les d plac s et les populations les plus vuln rables. On cr e des nouvelles communaut s et on construit aussi des coles qui accueillent tous les groupes. ONU Info : Il y a beaucoup de femmes qui sont tr s impact es par le d placement. Est-ce que vous avez pu en rencontrer quelques-unes et qu est-ce qu elles vous disent ? Dominique Hyde : J aimerais vous parler de quelque chose qui m a vraiment touch , qui m a vraiment mu. Lorsque j tais dans cette r gion de Ouallam en train de rencontrer ces familles maliennes r fugi es qui ont v cu beaucoup de d fis, j ai aussi eu l occasion de rencontrer des familles du Niger qui ont t d plac es de force, il y a quelques semaines. J ai rencontr une femme qui s appelle Fati Id qui habite la fronti re avec le Mali. Son village entier a t d truit. Elle a vu sa famille, ses voisins assassin s devant elle. Elle m a racont des histoires d horreur de ces groupes arm s, en train de violer les femmes de tout ge et m me certaines jeunes filles. Au point, elle me disait, qu ils prenaient m me leurs v tements qu elles avaient sur le dos. Elle s est enfuie, elle est all e voir le chef du village et elle a demand de l appui. Et en demandant cet appui, elle a mis en p ril la vie de son chef de village qui a t assassin sous ses yeux. Elle s est enfuie avec les neuf membres de sa famille, dont sa s ur qui tait enceinte. Sa s ur a accouch de jumeaux sur la route et ils sont mort-n s cause des traumatismes. Et l , elle tait avec moi dans un centre o on accueille les d plac s, o on offre un appui alimentaire, des soins de sant et surtout une s curit o ils peuvent dormir en toute tranquillit . Mais elle est encore excessivement branl e et encore tr s fragile. Elle avait une petite fille dans ses bras qui avait peine 10 mois. Et elle m a dit : Si ma fille avait t un gar on ces groupes arm s l aurait aussi assassin e . ONU Info : C est presque inimaginable ce que ces personnes vivent, n est-ce pas ? Dominique Hyde : Je fais ce m tier depuis plus de 25 ans, et ce que j ai vu . Alors bien s r, la crise ce n est pas seulement le Niger, c est une crise du Sahel. On parle de plus de 3 millions de personnes d plac es de force. Et ce sont les femmes et les enfants qui sont le plus en danger, qui sont les plus impact s, qui vivent des situations terribles. Nous ne parlons m me pas de tout ce qui a trait la malnutrition et l acc s aux services de base. On fait des pas en arri re. Il y avait eu un investissement important en termes de d veloppement dans ce pays et maintenant, ce qu on voit, c est que l on est en train de reculer. Un, cause de la pand mie, et deux, cause de l ins curit dans le pays. Et ce sont les jeunes, ce sont les femmes, ce sont les enfants qui sont les plus touch s. ONU Info : Est-ce que vous avez vu aussi des personnes qui apportent de l espoir, parmi ces r fugi s ? Est-ce qu il y a eu des moments qui ont t r confortants pour vous ? Dominique Hyde : Oui, j ai rencontr une dame qui s appelle Fatima, une r fugi e du Mali. Elle a trois enfants, elle n a plus de mari. Sa fille ain e Ana s a 12 ans. Elle est l cole et c est un nouvel espoir. Elle n avait pas pu aller l cole depuis longtemps et l , elle vient juste de commencer l cole et dans un environnement s r, juste c t de la maison. La m re a beaucoup d espoir avec cela. Ses deux autres enfants sont plus jeunes. Ce qu elle esp re ce stade, c est de trouver un emploi, de trouver du travail. Par ailleurs, ce qu elle me disait, c est qu elle se sentait en s curit . Elle se sentait prot g e et elle savait que ses enfants avaient cet acc s l ducation qui lui donne un certain espoir. ONU Info : Pour tous ces r fugi s qui sont au Niger, quel est l espoir ? Est-ce de rester dans le pays et reconstruire une nouvelle vie ou est-ce autre chose ? Est-ce la r installation ? Dominique Hyde : C est un pays o la situation est tr s difficile. A la fronti re avec le Nig ria, on voit aussi une augmentation des r fugi s qui arrivent. Je n ai malheureusement pas eu l opportunit d y aller, mais c est tr s difficile de dire la diff rence entre les r fugi s, entre les d plac s, entre la population locale. Et c est pour a aussi que le gouvernement a cette approche d ouverture tous les groupes. Mais pour nous, un des d fis c est tout ce qui est identification et documentation, parce que a aussi, c est une forme de protection pour les r fugi s. Le Niger n accueille pas seulement les r fugi s qui viennent des pays avoisinants, mais c est aussi un pays qui a un m canisme d vacuation d urgence et de transit de r fugi s qui ont t d tenus en Libye. Et c est un centre o on est suppos tre l que pour quelques semaines, quelques mois. Ce sont les cas les plus vuln rables de r fugi s que j ai jamais rencontr s. J aimerais vous raconter une histoire terrible. J ai rencontr une femme de l Erythr e qui avec ses deux enfants, un gar on qui a 19 ans et une fille de 15 ans. Ce soir-l , ils allaient d m nager au Canada o ils allaient tre r install s. Et l espoir dans leurs yeux taient extraordinaires. Et cette femme-l a v cu des atrocit s en Erythr e. Elle a fait le voyage tr s difficile avec ses deux enfants travers le Soudan pour se retrouver en Libye, prise par des trafiquants, enferm e, kidnapp e. Je ne suis pas s re si c est possible de le dire, mais violer de fa on tous les jours. Et c tait la famine, on ne leur donnait presque pas manger, presque rien boire. Et en plus de a, tortur e. Lorsqu ils ont t rel ch s et qu ils ont essay de fuir par bateau, ils ont t rattrap s par les autorit s libyennes, mis en d tention et ensuite le gouvernement du Niger les accueille, leur offre un moment de repris. On leur offre des soins de sant mentale. Parce que vous vous imaginez le traumatisme et ensuite les soins de sant qui sont n cessaires pour ensuite tre r install s au Canada. Et l l espoir tait l . Ils allaient tre r install s Halifax en Nouvelle-Ecosse. Et le fils avait h te d aller l cole. Il avait h te de faire du sport. Et la fille de 15 ans aussi, qui n avait m me plus d id e quoi ressemblait une salle de classe. Et on a eu une tr s belle discussion. Je lui ai dit qu on n avait pas de bons joueurs de foot au Canada et qu il aurait d aller ailleurs. Il m a dit, mais comment est-ce que j ose dire cela ! Et il m a parl d un joueur de foot canadien qui est ambassadeur de bonne volont du Haut-Commissariat pour les r fugi s qui s appelle Alfonso Davis. C est un r fugi du Lib ria, qui s est retrouv au Ghana pour tre r install au Canada et c est l une des plus grandes stars de foot au monde maintenant pour le Bayern Munich. Donc, m me lui voyait de l espoir via d autres r fugi s. Donc a ce sont des histoires d espoir. Mais en g n ral, je dirais que pour la plupart des r fugi s au monde, et c est aussi le cas au Niger, la seule chose dont ils r vent c est de rentrer chez eux. ONU Info : Comment le HCR fait-il face tous ces d fis humanitaires, logistiques, sanitaires, sans oublier la Covid-19 ? Dominique Hyde : C tait mon premier voyage depuis le d but de la pand mie sur le terrain et j ai t vraiment frapp e par le courage de mes coll gues du Haut-Commissariat pour les r fugi s, non seulement cause de la pand mie, mais cause de l ins curit dans le pays. Pour aller aider les autres, les dangers qu ils parcourent, c est simplement extraordinaire et mouvant. On fait face une situation o le Sahel est une des r gions la moins financ e du monde aussi bien pour le HCR que pour d autres agences des Nations Unies. Ce qui veut dire qu on ne peut pas faire tout le travail. Par exemple, pour les r fugi s du Nig ria qui se trouvent au Niger, on ne peut aider que 20% de la population. Et qu est-ce qui arrive aux autres ? Franchement, nous sommes assez certains que certains d entre eux se retrouvent dans des situations pr caires, d ins curit et ils font face au trafic, tout ce qui est violence faite aux femmes, tout ce qui est abus domestique, parce qu on ne peut pas les atteindre, parce qu on n a simplement pas les moyens. ONU Info : Vous disiez plut t que ces r fugi s, tout ce qu ils veulent c est de retourner chez eux. Comment est-ce possible vu la situation dans la r gion ? Dominique Hyde : Il faut toujours rester optimiste. Le Sahel est une r gion o on doit intervenir maintenant, avant que la situation ne devienne ing rable. Nous sommes presque au bord du pr cipice. Et cette situation, ce n est pas seulement au Niger, c est au Burkina Faso, au Mali, au Nig ria. Tous les jours, aujourd hui, hier, la semaine derni re, on a vu des centaines de personnes qui ont t tu es. L ins curit est montante. C est ici o toutes les agences des Nations Unies et le syst me des Nations Unies et les E tats membres doivent venir ensemble. Il y a norm ment d outils de stabilisation qui sont en place. C est vraiment cette question de s curit dans laquelle on doit investir. Pour le moment, toutes les indications sont plut t inqui tantes et a va main dans la main avec cette pand mie qui a vraiment appauvri le monde entier. On voit une situation et on l entend de la Banque mondiale que la pauvret est grandissante. Et si elle est grandissante pour les communaut s locales, elle est d autant plus grandissante pour les r fugi s. ONU Info : Vous tes canadienne. Le Canada est le leader pour toutes les questions de r installation. Quel est votre message pour les autres pays qui sont frileux face la r installation ? Dominique Hyde : Je suis tr s fi re de mon pays. L ann e derni re, il y avait plus de 1,4 million de r fugi s qui taient en situation de vuln rabilit extr me, dans des situations pr caires, et qui avaient besoin de r installation imm diate parce qu il n y avait pas d autre solution. Ce sont les r fugi s les plus vuln rables, qui ne peuvent pas rentrer chez eux pour des raisons de s curit . Et l an dernier, cause de la pand mie, parce que beaucoup de pays sont devenus de plus en plus conservateurs, on a pu r installer 20.000 de ces r fugi s. C est la pire ann e en 20 ans. Et avec la pand mie on a vu, non seulement au Canada, mais aussi dans plusieurs pays, en Su de, aux Etats Unis, combien les r fugi s ont fait partie de la r ponse la pand mie dans les secteurs de sant en tant qu infirmiers, en tant que m decins. On l a vu en Angleterre. Ils peuvent tous apporter un appui, leur part et leur contribution et leur voix dans tous ces diff rents pays. Nous, ce qu on demande, c est qu on ait une augmentation de pays qui acceptent et qui r installent des r fugi s. Mais il y a aussi d autres solutions, il y a tout ce qui est ducation. C est une autre forme de solution d accepter des r fugi s comme tudiants au niveau universitaire, les appuyer financi rement. Ce n est pas seulement les pays qui peuvent faire a, mais aussi les individus comme vous et moi qui pouvons appuyer et aider des r fugi s venir tudier dans des pays qui sont plus s rs, qui peuvent offrir une ducation et donc une solution long terme aussi pour les r fugi s. ONU Info : Dominique Hyde, vous avez un dernier message ? Dominique Hyde : Mon seul message c est qu il ne faut pas oublier les r fugi s, il ne faut pas oublier le Sahel et je pense qu une chose qu on a appris avec cette pand mie, c est que malheureusement cette pand mie n arr te pas la violence, n arr te pas les conflits dans le monde. Cette pand mie n a pas t arr t e par les fronti res. On doit travailler ensemble si on veut vraiment r soudre les probl mes sur cette Terre.


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